by Alexander Doria (noreply@blogger.com) at janvier 29, 2012 02:38
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| « Tigre en peluche avec un sombrero sur la plage de Cancun », classé other. |
« Automne français », c’est le nom donné à un concours de traductions organisé à la fin 2011 par Wikimédia Ukraine, et soutenu par Wikimédia France.
L’idée était de proposer aux contributeurs de Wikipédia de traduire des articles sur la France en ukrainien, et sur l’Ukraine en français. Cela afin d’enrichir mutuellement les deux versions linguistiques, avec des articles de bonne qualité, et de favoriser les échanges entre deux pays et entre deux communautés de contributeurs.
Le concours a été organisé entre octobre et décembre 2011, avec un «petit jury » accordant des prix par semaine, et un « grand jury » décernant un prix final aux contributeurs ayant rédigé le plus d’articles de grande qualité, le choix ne se faisant pas au nombre ni au « poids » des articles publiés, mais en prenant en compte la qualité des sources, la complétude des sujets traités, etc.
Ce concours a été un grand succès, qui motive Wikimédia Ukraine à recommencer régulièrement ce type d’expérience.
Quelques chiffres pour illustrer cela :
La Wikipédia en ukrainien est une Wikipédia relativement « jeune », créée début 2004, mais à la croissance très rapide depuis quelques temps, puisqu’elle est passée de 138 000 articles début 2009 à plus de 360 000 articles en janvier 2012. Le concours a rassemblé 750 participants, principalement ukrainiens, mais aussi français. La Wikipédia en ukrainien a été enrichie de plus de 550 articles concernant la France, et la Wikipédia en français de 142 articles concernant l’Ukraine.
La participation était très simple, il suffisait de s’identifier comme participant, puis d’apposer sur la page de discussion des articles un bandeau signalant que l’article était rédigé dans le cadre du concours.
Le concours a été bien médiatisé en Ukraine et a attiré de nombreux nouveaux contributeurs. D’ailleurs, sur les six gagnants ukrainiens, un seul était déjà contributeur régulier sur Wikipédia, les autres sont de nouveaux contributeurs. Ils ont tous remarqué que contribuer à Wikipédia était beaucoup plus simple que ce qu’ils auraient pu penser auparavant.
Dans les particularités notables du concours, on peut relever que la moitié des gagnants sont des femmes, alors que Wikipédia est traditionnellement éditée par une grande majorité d’hommes (80 à 90% selon les statistiques). Les participants venaient majoritairement de villes moyennes, une des gagnantes étant même une institutrice d’un très petit village, ce qui mérite d’être souligné car la campagne ukrainienne est encore très peu connectée à internet.
Quelques articles créés ou améliorés dans le cadre du concours : Maidan Nezalejnosti (fr), Parti des Verts d’Ukraine (fr), Mykola Skrypnyk (fr), Château Margaux (uk), Гійом Постель [Guillaume Postel] (uk), Крістіа́н Лакруа́ [Christian Lacroix] (uk). Les autres articles sont à retrouver ici en ukrainien et en français.

Remise des prix à Paris (25 janvier 2012), le gagnant entouré de Mykola Kozlenko (WM Ukraine) et Rémi Mathis (WM France) - Photo Pyb - CC-BY-SA
La qualité des articles s’est notablement améliorée pendant le concours, et les contributeurs habituels ont vu d’un bon œil cette initiative visant à une amélioration mutuelle entre deux cultures peu représentées l’une chez l’autre. Si le concours a été bien plus médiatisé sur la version ukrainienne que sur la version française, il a quand même permis de récompenser un contributeur français pour l’excellence de son travail.
Hier, 25 janvier, nous avons eu le plaisir d’organiser dans les locaux de Wikimédia France la remise des prix à ce gagnant français, en présence de deux wikipédiens ukrainiens dont un membre de Wikimédia Ukraine, quelques wikimédiens parisiens et l’heureux gagnant, qui est reparti avec une liseuse électronique et des livres et CD représentant la culture ukrainienne. À lui seul il a réalisé près des trois-quarts des contributions du concours sur la Wikipédia en français. Non familier de la culture ukrainienne au départ, il s’est pris au jeu et a participé en variant ses contributions, concernant la géographie, la culture, les biographies de personnalités ukrainiennes, cherchant vraiment à enrichir de façon équilibrée la Wikipédia en français sur l’Ukraine.
Cette soirée de remise des prix a donné également l’occasion de voir à quel point au-delà des différences de langue ou de culture, les valeurs qui nous portent sont bien les mêmes : le contact passe tout de suite, nous nous rendons compte très vite que nous faisons face aux mêmes problématiques, aux mêmes questionnements, aux mêmes comportements. Nous ne connaissions pas grand chose de la Wikipédia en ukrainien et des contributeurs ukrainiens, et ce concours a permis de tisser des liens qui seront certainement fructueux pour l’avenir !
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Une grande partie des informations nécessaires à ce compte-rendu du concours ont été apportées par Mykola Kozlenko, de Wikimédia Ukraine.
| Photo que j'avais mise sur Commons il y a un certain temps. |
| La porte Saint-Denis, donc. |
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Mercredi, alors que la protestation d’internet contre le projet de loi SOPA battait son plein, la Cour Suprême des États-Unis a rendu son verdict dans l’affaire Golan v. Holder, une décision lourde de conséquence faisant retomber des œuvres sous la protection des droits d’auteurs alors qu’elles étaient précédemment considérées comme étant dans le domaine public.
Si depuis deux siècles la durée du droit d’auteur n’a cessé d’augmenter, passant de quelques années après la création de l’œuvre à ces 70 ans après la mort de l’auteur (qui font que viennent tout juste de passer dans le domaine public les œuvres des auteurs morts en 1941), une constante demeurait : une œuvre entrée dans le domaine public le restait. Elle devenait alors libre de réutilisation, d’adaptation, de diffusion. Elle entre dans le bien commun de l’humanité.
Cette décision de justice vient contredire ce point, faisant repasser sous copyright des milliers d’œuvres considérées comme étant dans le domaine public, au regret de nombreux artistes et défenseurs du domaine public.
Quelques explications :
La Convention de Berne est un traité régissant la protection des œuvres au niveau international. En 1989, les États-Unis ont rejoint la Convention de Berne par l’entrée en vigueur du Berne Convention Implementation Act of 1988. Cette convention fixait l’entrée dans le domaine public à 50 ans minimum après la mort de l’auteur.
En 1994, suite au cycle d’Uruguay (Uruguay Round, dernier des cycles de négociations internationales ayant eu lieu dans le cadre de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce [GATT]), entrait en vigueur aux États-Unis le Uruguay Round Agreements Act (URAA). Cette loi apportait les dernières modifications au Copyright Act, nécessaires pour l’entrée au sein de la Convention de Berne, essentiellement sur la protection des œuvres originaires d’autres pays.
Dans le cadre de ce traité, par la section 514, le Congrès des États-Unis a accordé une protection par copyright aux œuvres étrangères qui relevaient de fait du domaine public, si ces œuvres étaient encore protégées par le droit d’auteur du pays d’origine lors de l’entrée en vigueur de l’URAA, le 1er janvier 1996.
C’est ainsi que des millions d’œuvres ont vu leur protection par copyright restaurée aux États-Unis.
Cette décision a été vivement critiquée. En 2004, des membres de la société civile qui dépendaient de ce domaine public pour vivre − chefs d’orchestre, enseignants, interprètes, archivistes et distributeurs − l’ont contestée devant les cours, arguant que le Congrès avait outrepassé son pouvoir, et que sa décision allait à l’encontre de la Constitution des États-Unis.
L’affaire a fini par arriver devant la Cour Suprême des États-Unis, avec le soutien de nombreuses parties, notamment la Wikimedia Foundation, hébergeur des projets Wikimédia.
Mercredi, la Cour a rendu son verdict et a confirmé la décision du Congrès, affirmant que celle-ci ne violait ni la Copyright Clause, ni le Premier Amendement.

La Place Saint Michel - 1941 - Eugène Galien-Laloue (1854–1941). Cette œuvre quitte le domaine public aux États-Unis.
Au fil des ans, la durée de protection par le droit d’auteur n’a cessé d’augmenter. Aux États-Unis, le Congrès l’a étendue à 19 reprises en deux siècles, ce qui n’est pas l’apanage des États-Unis : l’Union Européenne et les pays qui en font partie ont fait passer diverses lois et directives aux mêmes visées d’allongement de la durée de protection des œuvres.
Chacune de ces lois a fait reculer le domaine public, mais une constante restait : ce qui entre dans le domaine public y reste définitivement. L’URAA est allée plus loin. Pour la première fois de l’histoire des États-Unis, le domaine public a été diminué : des œuvres en ont été arrachées.
Cette décision place également les réutilisateurs d’œuvres dans une situation délicate : si l’exploitation d’œuvres du domaine public n’est soumise à aucune restriction, un domaine public changeant est synonyme d’insécurité juridique. Ainsi, si Lawrence Golan, chef d’orchestre et principal requérant de l’affaire pouvait librement interpréter Pierre et le Loup de Prokofiev, l’URAA est venue changer la donne.
Avec l’URAA, les États-Unis ont protégé des œuvres étrangères « pour la durée de protection restante dont l’œuvre aurait bénéficié si elle n’était jamais passée dans le domaine public aux États-Unis ». Or, la loi des États-Unis donne aux œuvres publiées entre 1924 et 1978 une protection de 95 ans après la date de publication. Cela provoque des situations absurdes : les États-Unis ne reconnaissant pas la « règle du terme le plus court », ces œuvres ont beau entrer dans le domaine public dans leur pays d’origine, elles restent protégées aux États-Unis.
Or, les projets Wikimedia doivent être en conformité avec la loi des États-Unis, où ils sont hébergés. La communauté des projets, qui a au fil des années développé une connaissance pointue en matière de droit d’auteur, discute de la marche à suivre ; et s’apprête donc à supprimer des milliers d’œuvres pourtant passées dans le domaine public dans leur pays d’origine des différents projets Wikimédia.
Les exemples sont légion. Gandhi étant mort en 1948, ses écrits sont dans le domaine public depuis 2008 (durée de protection de 60 ans après la mort de l’auteur en Inde) ; mais ceux publiés après 1923 restent protégés aux États-Unis, et ne peuvent aller enrichir Wikisource. Il en va de même des dernières œuvres de Gaston Leroux ou de Rudyard Kipling, de Freud ou de Federico Garcia Lorca.
Les projets Wikimedia ont pour vocation de donner accès à l’ensemble des connaissances humaines. Ils constituent certains des plus importants viviers du domaine public : la médiathèque Wikimedia Commons en héberge plus d’un million d’œuvres, Wikisource est largement constituée d’œuvres littéraires sous ce régime, le Wiktionnaire s’est abondamment bâti sur des dictionnaires du domaine public…
Le 26 janvier prochain, Wikimédia France aura à cœur de célébrer la journée du domaine public. Le cœur à la fois en liesse d’accueillir ces nouvelles œuvres, et serré de constater les assauts subis contre cette richesse commune.
André Sas Orchassal est cousin au 14e degré avec le généalogiste Pierre-Valéry Archassal.Albert Kammerer
D'origine alsacienne et strasbourgeoise, d'une famille protestante, il épouse Élisabeth Hosemann en 1908 dont il aura trois enfants.André Tubeuf
À quoi s'ajoutent d'innombrables conférences (dont sept à Salzbourg dans le cadre du Festival) et autant d'émissions radiophoniques.Tour de poitrine
Faites vérifier vos mesures régulièrement chaque année, lors de changement de poids, allaitement, un premier soutien-gorge d'une adolescente, changement de modèle; par un(e) corsetier(ère) ou un(e) couturier(ère). Ce service est gratuit au Québec.Claudia Schiffer
Son père est mort le mardi 24 juillet 2007 d'une crise cardiaque au golf de Bitche (Moselle).Miss Ming
Miss Ming est née un 3 novembre 1990 et n'est pas autiste mais simplement différente.Christophe Dechavanne
Christophe Dechavanne est daltonien, et il a une sœur.KoЯn
Dans leur jeunesse, Fieldy était d'ailleurs assez méchant avec Jonathan : « Il me piquait mes T-shirts » a déclaré plus tard Davis.Chimère (génétique)
[… ] les analyses effectuées sur un de ses fils montraient qu'elle ne pouvait être sa mère.Cadran solaire à fibres optiques
…un monolithe de bronze…Chronologie de Paris
C'est le grand retour du tramway à Paris, après une absence de près de 70 ans.Aquarium du palais de la Porte Dorée
Des nautiles, sorte de mollusque céphalopode, étaient conservés dans un bac réfrigéré à 16 °C. Ils étaient avec la limule les représentants stars de cette partie.YouPorn
[…] le site aurait été conçu et réalisé à l'origine par un Allemand.Je n'ai pas corrigé, je trouve plus drôle comme ça.
Mercredi, c’était blackout de Wiki. Nous avions donc tous perdu 30 points de QI. Cela a été l’occasion d’un débat de haut-vol foire au troll de la communauté francophone de Wikipédia[1].
A cette occasion, j’ai dit deux choses sur Twitter, qui on à mon avis été mal comprises. La première, comme le relève LittleTony87, c’est que, pour moi, contribuer à Wikipédia est un acte politique en lui-même, donc non-neutre. La seconde, relevée par Pierrot, est que la neutralité n’est qu’un moyen d’écrire une encyclopédie.
Contribuer sur Wikipédia, c’est affirmer que tout le monde devrait avoir accès à la culture, que tout le monde peut la partager, que les licences libres, l’économie du don et le travail collaboratif sont viables. Cela a l’air d’être aussi engagé que “la guerre, c’est méchant” ou “le chômage, je suis contre”. Ce n’est pas le cas. Affirmer que tout le monde devrait avoir accès à la culture, c’est en contradiction avec les musées faisant payer 15 euros leur entrée et interdisent les photos. Affirmer que tout le monde peut transmettre la culture, c’est être en opposition avec les positions d’une Alithia ou de nombreux journalistes et intellectuels en France qui s’affirment “contre Wikipédia”. Soutenir que les licences libres et l’économie du don sont viables, c’est être dans un modèle de production de contenu totalement à l’opposé de ce qui est défendu par industries culturelles. Bien sûr, cela ne signifie pas que tous les wikipédiens doivent être pour les licences libres tout le temps, pour les musées gratuits pour tous, pour l’économie du don généralisé. Mais, la position wikipédienne s’insère dans des débats plus globaux et elle n’est pas neutre, ni même forcément consensuelle.
Oui, cette vision politique dépasse le clivage gauche/droite, mais c’est aussi le cas de l’écologie, et pourtant planter des graines est aussi un acte politique.
J’avais dit, sur Twitter, que la neutralité de point de vue était un moyen d’écrire une encyclopédie. Je m’étais exprimée de manière peu claire, aussi vais-je détailler ici ce que je voulais dire. La neutralité de point de vue, c’est présenter tous les aspects d’un problème, en attribuant chaque point de vue à celui qui le porte. Une encyclopédie, c’est la somme du savoirencyclopédique[2] humain. Je ne conçois pas qu’on puisse faire la somme du savoir humain en oubliant des points de vue : ce serait du savoir manquant; de même, l’attribution d’une position donnée est un savoir en tant que tel.
Au final, je ne vois pas le rapport entre “neutralité de point de vue” et “neutralité politique”, à part que ça commence pareil[3]. En revanche, je conçois tout à fait que l’on trouve que Wikipédia n’est pas le lieu pour faire du lobbying politique contre une loi donnée, même si je ne suis pas de cet avis.
[1] Je m’inclus évidemment dans les trolls
[2] Je ne définis pas volontairement “savoir encyclopédique”.
[3] Faut-il râler parce que Wikipédia n’est pas entièrement en gris ou pas à pH 7 ?
Voilà, le spectaculaire blackout du 18 janvier 2012 touche à sa fin.
Derrière la Wikipédia en anglais, de très nombreux sites se sont mobilisés (américains mais pas seulement), contribuant à faire de cette journée un succès médiatique à l’échelle planétaire. En compliquant à n’en pas douter la tâche de ceux qui voulaient faire passer en douce ces lois liberticides que sont SOPA et PIPA.
Sauf que, comme disait Bécaud : « Et maintenant, que vais-je faire ? »
Vais-je reprendre tranquillement le cours de ma vie en attendant passivement que l’on vienne éventuellement encore me solliciter en urgence, ce qui ne manquera pas d’advenir tant sont actuellement vivaces les tensions entre l‘ancien et le nouveau Monde ?
« SOPA n’aurait pas pu arriver aussi loin si les électeurs avaient été mieux informés et plus actifs », nous rappelle ici Joe Brockmeier, chroniqueur à ReadWriteWeb.
Et l’HADOPI, la LOPPSI, l’ACTA, etc. chez nous en France et en Europe ?

What I Wish Wikipedia and Others Were Saying About SOPA/PIPA
Joe Brockmeier - 18 janvier 2012 - ReadWriteWeb
(Traduction Framalang/Twitter : hms, kamui57, ZeHiro, 0ri0nS, PI3RR3-29, LunixA380, khoyo, vecko_, moala, FredB, DonRico)
Le black-out auquel Wikipédia, Mozilla, WordPress.com et de nombreux autres sites ont participé le 18 janvier pour protester contre SOPA/PIPA attirent (je l’espère) l’attention vers ces projets de lois qui sont considérés comme une menace envers la « liberté sur Internet ». Cette initiative est louable, admirable, et (espérons-le) permettra de freiner SOPA/PIPA pour encore au moins une session parlementaire. Les explications que j’ai pu lire de la part de Wikipédia et d’autres jusqu’à présent détaillent assez bien pourquoi SOPA/PIPA ne doivent pas être adoptés. Ce qu’ils ne disent pas, c’est que SOPA/PIPA font partie de la routine, et que la protestation est un effort de dernier ressort, rendu nécessaire parce que le système législatif et les médias dominants, fondamentalement, ne fonctionnent pas.
Le black-out et les autres actions de protestation qui ont eu lieu aujourd’hui sont le résultat d’une contre-offensive vive et soutenue contre un projet de loi que le Congrès tente de faire passer en force malgré l’opposition générale. Pourtant, Lamar Smith et de nombreux autres membres de la Chambre des Représentants et du Sénat ont foncé tête baissée. Pourquoi ? En partie, bien sûr, parce qu’ils sont généreusement financés par l’industrie du divertissement, qui souhaite voir cette loi votée, mais aussi parce qu’ils croient qu’on les laissera faire.
Le secret inavouable de SOPA, ce n’est pas que l’industrie du divertissement a beaucoup plus d’influence sur le Congrès qu’elle ne le devrait. Quiconque s’intéresse à la question le sait déjà. Le secret inavouable de SOPA, c’est que 99% du temps, presque personne ne s’intéresse à ce que fait le Congrès.
À part sur quelques sujets sensibles, la plupart des électeurs américains se contentent de se plaindre du gouvernement sans jamais s’impliquer en suivant l’élaboration des lois ou des questions de politique, sauf (peut-être) à l’approche d’un scrutin.
La plupart des outils de protestation contre SOPA/PIPA doivent orienter les visiteurs vers leurs représentants car ils ignorent qui ils sont et comment les contacter. Penchons-nous un instant sur cette question. C’est évidemment une bonne pratique pour les organisations politiques que de faciliter autant que possible l’intervention des électeurs. Mais, sans directives, une grande partie des électeurs n’a aucune idée de qui contacter ni comment. Pire encore, sauf à rendre la chose aussi simple que possible, ils ne se donneront pas ce mal.
Dans ce contexte, il n’est guère étonnant que Lamar Smith ait cru qu’il pourrait faire passer SOPA en force malgré l’opposition généralisée de presque tous les acteurs de l’industrie des nouvelles technologies.
Je me réjouis que toutes ces organisations s’opposent à ce projet de loi. Mais en appeler à ce que certains nomment « l’option nucléaire » ne servira pas à grand-chose. Même si l’on se débarasse de SOPA/PIPA cette année, elles reviendront sous un nouvel avatar l’an prochain. L’industrie du divertissement a les moyens de tenter sa chance sans relâche, sachant que l’attention du public est éphémère. Les lobbyistes qui travaillent sur des sujets tel que SOPA sont payés pour les faire adopter par le Congrès. Ils peuvent s’y consacrer année après année, alors que l’électorat doit faire un effort important pour surveiller les actions de leurs représentants.
Informer les gens sur SOPA et leur demander d’appeler leurs représentants, c’est très bien, mais c’est loin d’être suffisant.
Ce que les opposants à SOPA devraient expliquer, c’est que même si SOPA est torpillé,on ne sera pas tiré d’affaire pour autant. On ne sera jamais tiré d’affaire. De plus, le public ne doit pas attendre des médias grand public qu’ils les alertent sur l’élaboration de telles lois. C’est d’autant plus vrai lorsque la loi en question est soutenue par les organisations qui possèdent ces mêmes médias.
Bien sûr, contactez vos représentants et sénateurs aujourd’hui. Protestez contre SOPA et PIPA. Mais au-delà de cela, continuez à prêter attention à ce que font vos élus. Prenez un peu plus de temps pour vous intéresser à votre gouvernement, même si cela implique de consacrer un peu moins de temps à vos loisirs.
SOPA n’aurait pas pu aller aussi loin si les électeurs avaient été mieux informés et plus actifs. Il serait rassurant de penser que le Congrès agira pour le bien des citoyens même si l’on ne garde pas en permanence un œil sur lui, mais ne soyons pas dupes.
Ce que j’aurais aimé entendre de la part de Wikipédia (et d’autres) : « Aujourd’hui, nous recourons à une mesure extrême afin d’alerter les citoyens des propositions de loi qui menacent l’internet. Nous agissons ainsi parce que c’était la seule façon d’attirer votre attention. Les médias d’information principaux n’allaient pas vous informer sur SOPA ou PIPA. Beaucoup de vos élus veulent faire passer de force des lois dangeureuses parce que ceux qui les financent l’exigent, et ils savent que vous ne leur en tiendrez vraisemblablement pas rigueur. Il est crucial de faire rejeter SOPA/PIPA, mais il y a plus important encore : que vous vous intéressiez à ce qui se passe et soyez plus exigeants avec votre gouvernement. Même si nous repoussons SOPA, la problématique perdure. Demain, chacun reviendra à ses moutons, mais il ne tient qu’à vous que les membres du Congrès reprennent leurs mauvaises habitudes ou non. »
Il était une fois un projet d’encyclopédie. Lorsque je l’ai découvert, il y a de cela bientôt trois ans, j’ai été séduit par son idéal : donner le savoir à tous, écrire quelque chose de neutre, nuancé, qui ne prenne position pour personne, pour rien, faire une somme des savoirs humains sans chercher à porter de jugement. Ce projet, c’était Wikipédia. Une encyclopédie où tout le monde doit pouvoir contribuer main dans la main ; du communiste au militant FN ; du Musulman au Juif en passant par le Bouddhiste et même, s’il le veut, le Pastafarien. Une encyclopédie qui accorde la même importance à TF1 et Arte ; une encyclopédie qui ne prend pas position entre Sarkozy et Hollande. Une encyclopédie qui explique les choses sans forcer le lecteur à prendre position. Une encyclopédie neutre. Cette neutralité est une base, justement pour que la cohésion entre ses contributeurs se maintienne. Oh, bien sûr, il y aura toujours des POV pushers, mais en général, on s’en sortait pas trop mal, à force de débats et d’explication, on remettait dans le droit chemin les bonnes volontés, et on virait les propagandistes.
Contrairement à ce que l’on nous dit aujourd’hui, cette neutralité ne s’appliquait pas qu’au contenu. Je me souviens que chaque fin d’année, quand les feuilles tombent et que les familles se rassemblent au coin du feu, Saint Jimbo nous apparaissait en haut des pages. Nous clamant que « Wikipedia needs you ». Nous demandant des sous. Pourquoi ? Pour continuer à vivre sans pub. Noble engagement car, comme on nous disait à l’époque, comment Wikipédia resterait elle crédible avec des bannières publicitaires ? Comment pourrait-elle, d’une part, faire un article neutre sur une entreprise, et de l’autre nous afficher une pub pour sa dernière création ? Ce motif de don était logique, mais a bien perdu de sa superbe.
Et puis est venu ce fameux jour où WP:it a décidé de lutter contre une loi (au demeurant tout a fait odieuse) envisagée par le Parlement italien. Ce jour là, Wikipédia est entrée de plein pied dans le lobbyisme politique. Ce jour là, elle a pris conscience de sa force en politique. Mon opinion politique me pousse à soutenir cet engagement contre une loi à laquelle je serais foncièrement opposé si elle apparaissait en France. Mais mon adhésion à l’idéal Wikipédien, de voir bosser ensemble des gens aux positions différentes, est contre. Cet idéal de neutralité est, en théorie, le ciment qui lie les Wikipédiens. Prendre position contre quelque chose, c’est dire à tous les Wikipédiens qui pourraient être pour celle-ci qu’on ne veut pas d’eux. Mais cela n’est guère important.
Et puis vient le moment où Saint Jimbo (celui de là-haut, oui), contacte un lobbyiste américain parce que franchement, le projet SOPA du gouvernement, ça pue (et sur ce dernier point, il a bien raison). Et tout s’enchaîne, et Wikipédia en anglais décide aujourd’hui de se mettre en blackout. Quiconque se connecte dessus voit donc cela :

Wikipédia est remplacée par un gigantesque tract politique, et certains osent me dire, sans sourire, que cela n’altère pas son contenu. À l’heure actuelle, le CONTENU de Wikipédia en anglais est, et pour 24 heures, remplacé par un tract politique. Ceci, quelle que soit la teneur du tract en question, va à l’encontre du principe de neutralité de Wikipédia. Mais quid de la Wikipédia en français ? On se décide, hier soir à 18 heures, à lancer un vote à la va vite sur le bistro pour ajouter une bannière anti-SOPA pour la journée. 24 heures plus tard, 58 personnes en tout se sont prononcées, sur les 15 000 contributeurs actifs que dit contenir l’encyclopédie. Sur WP;en, la décision du blackout n’a pas impliqué plus de 1000 personnes au total. Pour une décision qui impacte toute la communauté, c’est peu. D’autant que sur Fr, les avis sont très partagés, avec, hier une légère majorité d’opposition à la bannière.
Quel sera l’impact de cet événement ? Il est double. Premièrement, j’aurai du mal à ne pas avoir honte la prochaine fois que je tomberai sur un POV pusher, qui sera ici en moyen de me répondre « mais vous le faites bien, vous ! » J’aurai honte la prochaine fois qu’une de mes connaissances donnera à Wikipédia, séduit par le discours de neutralité face à la pub. J’aurai honte si la Fondation Wikimedia utilise ce que j’ai fait sur Wikipédia pour défendre des idées auxquelles je suis opposé (et elle en a, comme le précise Ludo ici, parfaitement le droit). J’aurai honte quand, la prochaine fois, Wikipédia s’engagera à nouveau. J’aurai honte, enfin, de l’article de Wikipédia sur la SOPA, à jamais sali du sceau de la non-neutralité : comment peut-on s’engager contre une loi, et faire croire qu’on a écrit un article neutre à son sujet ?
Une majorité se manipule facilement. Peu, ou pas, d’internautes peuvent soutenir la SOPA. Lancer une initiative contre elle est accueilli d’une volée de roses. Quel que soit le sujet, pour peu qu’il soit assez consensuel, Wikipédia peut désormais chercher à le promouvoir. Wikipédia n’est plus une encyclopédie, c’est un outil de propagande politique. Cela me déprime. Viendra le jour où Wikipédia défendra une position qui choquera une partie de ses contributeurs. Qu’en sera-t-il alors ? Seront-ils guidés vers la sortie ? Wikipédia pourra-t-elle toujours prétendre à la neutralité ?
On me dit que participer à Wikipédia est, en soi, un engagement politique. C’est faux. La culture n’est le monopole d’aucun parti, d’aucune religion, d’aucune idéologie. On trouve sur Wikipédia des contributeurs de tout le spectre politique, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, rassemblés par l’idéal d’une encyclopédie neutre. Il serait impossible de tous les réunir derrière un engagement politique. Les Wikipédiens s’engagent pour la propagation de la culture. Cet engagement est à peu près aussi profond que lorsqu’une miss France demande la paix dans le monde : aucun parti politique ne pourrait le contredire. Le seul engagement politique de Wikipédia a débuté chez nos amis italiens, et depuis, comme dirait l’autre, la boite de Pandore est ouverte.
Je suis LittleTony87. Je suis radicalement opposé à la SOPA, mais je le suis encore plus à la politisation de Wikipédia. Autant dire que je suis mal barré.
C’est l’événement du jour : en ce 18 janvier 2012, un certain nombre de sites web, et notamment la Wikipédia en anglais, « ferment leurs portes » pour 24h en protestation contre le projet de loi SOPA (Stop Online-Piracy Act) qui est discuté aux États-Unis. Wikimédia France soutient cette action forte de protestation qui, nous l’espérons, fera reculer le législateur américain et découragera les législateurs européens et français de se lancer vers le même type d’attaque contre le web ouvert et libre que nous défendons.
La décision de « black-out » de la Wikipedia en anglais est intervenue après un débat approfondi dans la communauté des contributeurs, puis le vote de ceux-ci, appelés par un bandeau placé en haut des pages de la Wikipedia en anglais pour les utilisateurs connectés. Rappelons que si la Wikimedia Foundation soutient ce black-out et s’est clairement opposée à la loi SOPA, elle laisse les contributeurs libres de choisir le mode d’action. Ainsi les contributeurs anglophones ont opté pour une Wikipedia en anglais inaccessible partout dans le monde (et non pas seulement aux États-Unis). Les contributeurs germanophones, italophones et hispanophones s’orientent eux vers un bandeau explicatif, de même que les contributeurs de Wikimedia Commons, alors que les francophones, a priori, ne feront aucune action particulière (la discussion est toujours en cours). Les différentes associations locales, comme Wikimédia France, ont un rôle d’explication et de sensibilisation, à l’intérieur de la communauté Wikimédienne comme à l’extérieur, mais n’ont en aucun cas le pouvoir de décider de ces actions.
La décision de rendre inaccessible Wikipédia est une décision lourde de responsabilité, prise en raison de dangers réels pour la liberté du web, et est inédite à une si grande échelle (même si elle fait suite au black-out de la version en italien, en octobre dernier, pour des raisons similaires de menace grave sur la pérennité de sites comme Wikipedia). Geoffrey Brigham, conseiller juridique de la Wikimedia Foundation, a expliqué pourquoi le mouvement Wikimédia devait s’engager contre SOPA. Voici la traduction de ses propos diffusés sur le blog de la Wikimedia Foundation le 13 décembre dernier :
Depuis plusieurs jours, les contributeurs de Wikipédia discutent de l’opportunité de mettre en place une protestation contre la proposition de la loi dite SOPA (Stop Online Piracy Act[1]). Il m’a été demandé de faire quelques commentaires sur ce projet de loi et d’expliquer en quoi cette législation pourrait affecter l’Internet libre et ouvert, de même que Wikipédia. Le but de ce billet est de fournir quelques informations et interprétations qui, je l’espère, seront utiles aux Wikipédiens dans leurs discussions actuelles.
La SOPA s’est acquis le douteux honneur de favoriser la censure sur Internet au nom de la lutte contre la piraterie en ligne. La Wikimedia Foundation s’est opposée à cette loi, mais nous nous devons d’être clair sur le fait que Wikimedia est tout aussi fortement engagée contre toute violation de copyright. La communauté Wikimédia, qui a développé une expertise inégalée dans le domaine de la propriété intellectuelle, passe d’innombrables heures à s’assurer que nos sites sont exempts de contenus illicites. Dans une communauté qui diffuse l’information sous licence libre, il n’y a pas de place pour les abus de droit d’auteur.
Nous ne pouvons cependant pas combattre un mal en en infligeant un autre. La SOPA part de la supposition erronée que la censure est un outil acceptable pour protéger les intérêts privés des ayants droit sur un média spécifique. Ainsi, afin de retirer de la vue certains contenus illégaux, la réponse de la SOPA serait d’empêcher à des sites étrangers entiers l’accès aux États-Unis. Ceci alors même que d’autres programmes, comme le Digital Millennium Copyright Act, ont trouvé un bien meilleur équilibre sans brandir une telle menace. Pour cette raison, nous nous félicitons de l’excellent travail d’un certain nombre d’organisations qui partagent nos vues et mènent la charge contre cette législation, notamment Electronic Frontier Foundation, Public Knowledge, Creative Commons, Center for Democracy and Technology, NetCoalition, Internet Society, AmericanCensorship.org, et d’autres.
Mardi[2], après réception des premiers commentaires sur la version originale du projet de loi, le House Judiciary Committee a publié une nouvelle version de la SOPA, dont la révision (mark-up) est programmée pour jeudi prochain[3]. Un vote de ce texte pourrait avoir lieu le jour même. À la fin de cet article, je vous propose un résumé des passages les plus significatifs de cette nouvelle version de la SOPA ainsi qu’un résumé du processus législatif en cours (que vous pouvez également suivre ici).
En toute honnêteté, cette nouvelle version est meilleure (et le mérite en revient au personnel judiciaire). Mais le texte souffre toujours des mêmes travers structurels, comme son insistance à vouloir bloquer des sites internationaux entiers en alléguant des infractions spécifiques aux États-Unis. Des critiques importantes se sont élevées[4]. Le représentant Darrell Issa, élu républicain de Californie, par exemple, estime que le projet de loi « conserve les vices fondamentaux de son prédécesseur en interdisant aux Américains la possibilité d’accéder à certains sites web, en imposant une réglementation coûteuse pour les entreprises du Web et en donnant à Eric Holder, procureur général au ministère de la Justice, de nouveaux et vastes pouvoirs pour policer Internet ».
Les membres de notre communauté s’interrogent actuellement afin de décider si une action de protestation est ou non appropriée. Je veux être très clair : la Wikimedia Foundation considère que la décision d’organiser ou non une forme de protestation sur Wikipédia, comme la clôture du site ou un affichage de bannière en haut de page, est une décision qui revient à la communauté. La Wikimedia Foundation soutiendra les contributeurs quoi qu’ils décident de faire. Le but de ce billet est de leur fournir des informations pour les aider dans leurs discussions.
On m’a demandé un avis juridique. Et, comme je vous le disais, à mon sens, la nouvelle version de la SOPA reste une sérieuse menace pour la liberté d’expression sur Internet.
- La nouvelle version continue de saper le DMCA et la jurisprudence fédérale qui ont promu l’Internet aussi bien que la coopération entre les détenteurs de droits d’auteur et les fournisseurs de services. Ce faisant, la SOPA crée un régime dans lequel la première étape en cas de litige fédéral consiste à bloquer le site entier : on est bien loin de la mise en demeure par le protocole DMCA, beaucoup moins coûteuse, de faire retirer sélectivement des contenus illicites précis. Le crime, c’est le lien, pas la violation de copyright. Le coût est un litige, et non une simple mise en demeure.
- Les frais engendrés par de tels litiges contraindraient les sites à faible budget ou à but non lucratif, tels que ceux de notre mouvement en faveur de la connaissance libre, à renoncer purement et simplement à contester les injonctions à retirer les liens incriminés (articles 102 (c) (3); 103 (c) (2)). Les sites internationaux attaqués pourraient n’avoir pas les ressources pour risquer une procédure judiciaire extra-territoriale aux États-Unis, même en cas de fausses accusations.
- La nouvelle version de la SOPA est l’expression d’un régime où les détenteurs de droits pourraient tenter de mettre fin à un service de publicité et de paiement comme PayPal en alléguant qu’il est un « site Internet dédié au vol de biens américains » (art. 103 (c) (2)). Un titulaire de droits doit demander une ordonnance judiciaire (contrairement à ce que prévoyait la version précédente) (article 103 (b) (5)). La plupart des ayants droit sont bien intentionnés, mais beaucoup ne le sont pas[5]. Nous ne pouvons pas être certains que les actions contentieuses pour bloquer certains petits sites à l’étranger seront toujours intentées en toute bonne foi, en particulier envers ceux dont la capacité à se défendre est plus faible.
- Bien que rendant ce choix discrétionnaire (Secs.102 (c) (2) (AE); 103 (c) (2) (AB)), le nouveau projet de loi ferait quand même toujours courir de graves risques de sécurité à nos communications et à notre infrastructure nationale. Le projet de loi n’impose plus le blocage DNS, mais il le permet encore en option. Comme Sherwin Siy, directeur juridique adjoint de Public Knowledge, l’a expliqué : « L’amendement continue à encourager le blocage et le filtrage DNS, ce qui devrait être du ressort des experts en sécurité Internet… » [ou : ce qui doit être inquiétant pour les experts en sécurité Internet… ; anglais :which should be concerning for Internet security experts…]
- L’Electronic Frontier Foundation fait remarquer que la nouvelle législation proposée prend encore pour cible des outils qui pourraient être utilisés pour « contourner » les listes noires, alors même que ces outils sont essentiels aux militants des droits de l’homme et aux dissidents politiques du monde entier.
Plus spécifiquement, en ce qui concerne Wikimédia, la nouvelle version constitue une amélioration, mais, au-delà des raisons énumérées ci-dessus, elle reste inacceptable :
- Wikipédia tombe sans doute sous la définition de « moteur de recherche Internet »[6], et c’est pourquoi un procureur fédéral pourrait obtenir une ordonnance du tribunal exigeant que la Wikimedia Foundation retire des liens vers certains « sites étrangers enfreignant la loi [sites étrangers illicites] » ou qu’au moins elle soit sanctionnée par la Cour[7]. La définition de « sites étrangers enfreignant la loi [sites étrangers illicites] » est large[8] et pourrait bien inclure des sites légitimes hébergeant essentiellement des contenus légaux, juste pour quelques contenus enfreignant la loi introduits sur leurs pages. Encore une fois, de nombreux sites internationaux peuvent décider de ne pas se défendre en raison d’un coût trop lourd, permettant au gouvernement de pratiquer un blocage sans même qu’il soit contesté.
Le résultat est que, sous ordonnance de la cour, Wikimedia aurait à traiter des millions et des millions de liens de sources, localiser ceux provenant de soi-disant « sites étrangers enfreignant la loi [sites étrangers illicites] » et les empêcher d’être ajoutés à nos articles ou à nos autres projets. Cela a un coût, à la fois en argent (celui des donateurs) et en personnel, d’entreprendre une telle énorme tâche, et cela doit être répété à chaque fois qu’un procureur délivre une ordonnance du tribunal de tout juge fédéral des États-Unis sur tout nouveau « site étranger enfreignant la loi ». Bloquer des liens va à l’encontre de notre culture de la connaissance ouverte, surtout quand des solutions ciblées pour combattre ces contenus illicites sont disponibles.
- Le nouveau projet de loi présente une amélioration significative. Dans la nouvelle version, les sociétés basées aux États-Unis – dont la Fondation Wikimedia – ne sont pas soumises à un régime contentieux dans lequel les titulaires de droits pourraient prétendre que leur site est un « site Internet dédié au vol de biens américains » Une telle accusation contre la Wikimedia Foundation aurait facilement pu entraîner une demande de nous priver de nos partenaires de paiement durant nos collectes de fonds. La nouvelle version exempte désormais des sites américains comme le nôtre (art. 103 (a) (1) (A) (ii)).
Bref, malgré quelques améliorations dans la nouvelle version, la SOPA reste loin d’être acceptable. Ses définitions sont encore trop floues, et son approche structurelle est erronée à la base. Elle nuit à Internet, en adoptant une approche globale sans nuances consistant à bloquer des sites internationaux entiers, et c’est encore plus inquiétant pour des sites appartenant au mouvement de la connaissance libre qui sont probablement moins bien armés pour se défendre eux-mêmes à distance. L’approche mesurée et ciblée du DMCA a été jetée par dessus bord. Wikimedia devrait faire face à des charges importantes et développer ses ressources pour se conformer à de probables multiples ordonnances, et cette loi priverait nos lecteurs d’informations, de sources, de contenus internationaux.
Geoff Brigham
General Counsel Wikimedia Foundation
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Notes
[1] Loi visant à mettre fin au piratage en ligne (N.d.T.)
[2] Le document est en fait daté du lundi 12 décembre 2011 (N.d.T.)
[3] Cette nouvelle version est datée du vendredi 16 décembre 2011 (N.d.T.)
[5] Voir [4] (liste d’articles sur les abus dans lesquels se sont engagés certains titulaires de droits dans le contexte du DMCA).
[6] Un « moteur de recherche Internet » est défini comme « un service mis à disposition via Internet dont la fonction principale est de collecter et rapporter, en réponse à une requête utilisateur, des informations indexées ou des liens à des sites web disponibles ailleurs sur Internet » (art. 101 (15) (A)). Cette définition n’inclut pas les services qui conservent « des données tierces sujettes à servir de processus aux États-Unis pour recueillir, indexer ou rapporter des informations disponibles ailleurs sur Internet » (art. 101 (15) (B)). Bien que ne se reconnaissant pas comme telle, Wikimedia ne semble pas concernée par cette dérogation.
[7] Art. 102 (c) (3) (A) (i). Pour assurer la conformité avec les ordonnances rendues en vertu du paragraphe 102, le procureur général peut intenter une action en injonction contre un moteur de recherche Internet qui a délibérément et sciemment failli à se conformer aux exigences de l’article 102 (c) (2) (B) pour contraindre cette entité à satisfaire aux dites exigences.
[8] De manière générale, un « site étranger enfreignant la loi » est un site dirigé vers États-Unis et utilisé par des usagers demeurant aux États-Unis, exploité de telle manière que, s’il était un site national, il tomberait sous le coup de la responsabilité criminelle pour violation de copyright, ou violation du droit d’auteur d’autres ministères fédéraux ou encore violations des secrets commerciaux (voir art. 102 (a) (1-2).
Traduction par Wikinade et Seb35
by Alexander Doria (noreply@blogger.com) at janvier 17, 2012 11:39
Si vous vous connectez sur la Wikipédia en langue anglaise (enwiki) ce mercredi 18 janvier 2012, voici ce sur quoi devriez tomber :
J’ai lu de nombreuses mentions de cette action, que ça soit sur twitter, les articles de presse en ligne, etc. Comme d’hab, il y a du vrai et du moins vrai ; voici ma version :
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Un peu de lecture :
« Chers étudiants, faites vos devoirs à la maison avant mercredi car Wikipédia sera coupé du Net ce jour-là ». Tel est le tweet ironique envoyé par Jimmy Wales pour annoncer la fermeture totale de la version anglophone de Wikipédia demain, mercredi 18 janvier 2012, pour protester contre les mortifères lois SOPA et PIPA.
Ce n’est évidemment pas lui seul qui a pris cette grave et sans précédente décision mais l’ensemble de la communauté, comme l’explique le message de la directrice générale de la Wikimedia Foundation Sue Gardner traduit ci-dessous par nos soins.
Signalons que Framasoft se joindra également au mouvement, non seulement en guise de solidarité mais aussi voire surtout parce que nous pensons que ces lois américaines (à l’influence internationale) sont susceptibles d’impacter négativement l’ensemble d’Internet. Nous avions consacré une série d’articles à SOPA en décembre dernier (voir aussi le dossier de La Quadrature).
À priori les wikipédias italiennes et allemandes participeront également, ne serait-ce que par un bandeau informatif, mais pas la francophone. Il semblerait que la communauté se soit réveillée trop tard pour en discuter, que pour certains ces lois sont lointaines et cet engagement « politique » en désaccord avec « le principe de neutralité ».
C’est respectable mais pour ainsi dire dommage car il s’agit là d’un signal fort (et une bonne manière de sensibiliser d’un coup un grand nombre de personnes), sans oublier pragmatiquement que la majorité des serveurs sont aux USA et que ces lois peuvent brutalement couper les accès de la Wikipédia francophone aux Américains.
English Wikipedia anti-SOPA blackout
Sue Gardner, 16 janvier 2012 - Wikimedia Foundation
(Traduction Framalang : Clochix, Poupoul2, DonRico)
Aujourd’hui, la communauté Wikipedia a décidé de fermer la version anglophone de Wikipedia pour vingt-quatre heures, dans le monde entier, à partir de 5h UTC le mercredi 18 janvier. Cette fermeture est un acte de protestation contre deux propositions de loi aux USA – le Stop Online Piracy Act (SOPA) présentée à la Chambre des représentants, et le PROTECTIP Act (PIPA) au Sénat – qui, si elles étaient votées, endommageraient gravement l’Internet libre et ouvert, dont Wikipedia.
Ce sera la première fois que la Wikipedia anglophone manifestera ainsi, et cette décision n’a pas été prise à la légère. Voici comment la présentent les trois administrateurs de Wikipedia qui ont animé la discussion de la communauté, au travers d’un extrait de la déclaration publique signée par NuclearWarfare, Risker et billinghurst :
La communauté de la Wikipedia anglophone estime que ces deux lois, si elles étaient votées, seraient dévastatrices pour le Web libre et ouvert.
Au cours des dernières soixante-douze heures, plus de 1.800 Wikipédiens ont participé à une discussion visant à définir les actions que la communauté pourrait vouloir entreprendre contre SOPA et PIPA. C’est de loin le plus fort niveau de participation à un débat jamais vu sur Wikipedia, et cela illustre combien les Wikipédiens se sentent concernés par ces propositions de lois. L’écrasante majorité des participants est favorable à une action de la communauté afin d”encourager une participation plus générale de la population contre ces deux lois. Parmi les propositions étudiées par les Wikipédiens, ce sont celles qui conduiraient à un « blackout » de la Wikipedia anglophone, conjointement avec des blackout similaires d’autres sites opposés à SOPA et PIPA, qui ont reçu le plus de soutien.
Après un passage en revue détaillé de ce débat, les administrateurs chargés de le clore constatent un soutien solide des Wikipédiens du monde entier, et pas seulement aux États-Unis, en faveur d’une action. L’opposition principale à un blackout généralisé du réseau Wikipedia venait de membres de la communauté préférant que le blackout se limite aux visiteurs américains, et que le reste du monde ne voie s’afficher qu’un simple bandeau d’explication. Nous avons néanmoins relevé qu’environ 55% des Wikipédiens en faveur du blackout préféraient une action mondiale, nombre d’entre eux faisant part d’inquiétudes concernant des lois similaires dans d’autres pays.
En prenant cette décision, les Wikipédiens essuieront des critiques pour avoir abandonné leur neutralité et pris un position politique. C’est une question justifiée et légitime. Nous souhaitons que les internautes accordent leur confiance à Wikipedia, et ne craignent pas d’être soumis à une quelconque propagande.
Mais bien que les articles de Wikipedia soient neutres, son existence ne l’est pas. Comme l’a écrit récemment Kat Walsh, qui appartient au conseil d’administration de la Wikimedia Foundation, sur une de nos listes de discussion :
Nous dépendons d’une infrastructure légale qui nous permet de publier nos sites. Et nous dépendons d’une infrastructure légale qui permet aussi à d’autres sites d’héberger du contenu produit par les utilisateurs, qu’il s’agisse d’information ou d’avis personnels. Le rôle principal des projets Wikimedia consiste à organiser et rassembler le savoir mondial. Nous l’intégrons dans son contexte et permettons à nos visiteurs de le comprendre.
Mais ce savoir doit être publié à un endroit où tout un chacun peut y accéder et l’utiliser. Si ce contenu pouvait être censuré sans autre forme de procès, cela serait néfaste pour qui veut exprimer son opinion, pour le public, et pour Wikimedia. Si l’on ne peut s’exprimer que si l’on a les moyens d’affronter des défis juridiques, ou si une opinion doit être approuvée au préalable par quelqu’un qui les a, on ne trouvera plus sur internet qu’un même ensemble d’idées consensuelles.
La décision d’éteindre la Wikipedia anglophone ne vient pas que de moi – elle a été prise collégialement par de nombreux éditeurs du réseau. Et je la soutiens.
Comme Kat et le reste du conseil d’administration de la Fondation Wikimedia, je considère de plus en plus la voix publique de Wikipedia et la bonne volonté que les gens ont pour Wikipedia comme une ressource qui doit être utilisée pour le bénéfice du public. Les lecteurs font confiance à Wikipedia parce qu’ils savent que malgré ses erreurs, Wikipedia a le cœur au bon endroit. Wikipedia n’a pas pour but de monétiser leurs visites ou de leur faire croire quoi que ce soit de particulier, ni même de leur vendre un produit. Wikipedia n’a pas de programme secret : elle veut seulement être utile.
C’est moins vrai pour d’autres sites. La plupart ont des motivations commerciales : leur objectif est de gagner de l’argent. Cela ne signifie pas qu’ils n’ont pas le souhait de rendre le monde meilleur (beaucoup le font), mais que leurs positions et leurs actions doivent être envisagés dans un contexte d’intérêts contradictoires.
Je nourris l’espoir que, lorsque Wikipedia fermera le 18 janvier, les internautes comprendront que nous le faisons pour nos lecteurs. Nous soutenons le droit de chacun à la liberté d’opinion et à la liberté d’expression. Nous estimons que tout le monde devrait avoir accès à du matériel éducatif pour un large éventail de sujets, même s’ils ne peuvent pas le payer. Nous croyons à un internet libre et ouvert où l’information peut être partagée sans entrave. Nous croyons que des propositions de loi telles que SOPA ou PIPA, ou d’autres lois similaires en cours de discussion à l’intérieur ou à l’extérieur des États-Unis, ne font pas avancer les intérêts du grand public. Vous pourrez prendre connaissance ici d’une liste de très bonnes raisons de vous opposer à SOPA et PIPA, proposée par l’Electronic Frontier Foundation.
Pourquoi une action globale, et pas limitée aux seuls États-Unis ? Et pourquoi maintenant, si certains législateurs américains semblent adopter une tactique de retrait vis à vis de SOPA ?
La réalité, à notre sens, c’est que le Congrès ne renoncera pas à SOPA, et que PIPA est toujours en pleine forme. Qui plus est, SOPA et PIPA ne sont que les indicateurs d’un problème bien plus important. Partout dans le monde, nous observons la mise en place de réglementations destinées à combattre le piratage et à réguler internet d’autres manières, avec pour effet de nuire aux libertés numériques. Notre inquiétude ne se limite pas à SOPA et PIPA, qui ne sont que des éléments du problème. Nous voulons que l’internet demeure libre et ouvert, partout dans le monde, et pour tous.
Le 18 janvier, nous espérons que vous partagerez notre engagement et que vous ferez tout votre possible pour faire entendre votre voix.
Sue Gardner
Pour quelqu’un qui « baigne » dans le naufrage du Titanic depuis plus de dix ans et a passé beaucoup d’heures à étudier les faits et leur interprétation par les contemporains, le naufrage du Costa Concordia donne une très étrange impression de déjà vu. En 1912 comme en 2012, le naufrage a immédiatement poussé l’opinion à s’indigner sur les conditions de sécurité en mer. Dans les deux cas, le comportement et l’organisation des secours ont été mis en cause par les rescapés. Dans les deux cas, le naufrage résulte vraisemblablement d’un excès de confiance de l’équipage et donc de manquements purement humains. Dans les deux cas, on en invoque rapidement aux « malédictions » en nous rappelant que, dans un cas, le navire n’a pas été baptisé, dans l’autre, que la bouteille ne s’est pas cassée. Et enfin, dans les deux cas, les médias se ruent sur l’histoire qu’ils battent en brèche sans aucun recul, enchaînent les rumeurs, lancent des anathèmes sur certains acteurs du drame, prennent des témoignages sans les mettre en perspectives et, parfois, sans vérifier qu’ils sont authentiques… Bref, le monde n’a finalement pas tant changé que ça en cent ans.
Pourtant, une différence de taille réside entre les deux événements. Dans le cas du Costa Concordia… Wikipédia est là pour nous raconter l’histoire. Ayant mis en place il y a quelques années le projet Paquebots de l’encyclopédie, j’ai a peu près tous les articles de ces navires en suivi, ce qui m’a permis d’assister à l’évolution de la situation. L’historique de l’article est révélateur : sur environ 300 modifications en tout, près de 250 ont été faites après le naufrage, pour un navire existant depuis 2005. Et on ne peut pas dire que la qualité en découle puisque ces 250 modifs ont apporté un total de 10 000 octets, se résumant finalement à un fil d’actu en continu. Où est le mal me direz-vous ? J’y viens. Imaginons, un instant, que nous sommes en 1912, et que, alors que le Titanic vient de sombrer, Wikipédia est déjà là pour rapporter ce qui se dit dans la presse, en temps réel. Vous pourrez ensuite comparer avec le tableau que l’on dresse du naufrage en 2012, la différence est édifiante.

31 mai 1911
Pour le lancement du Titanic, plus gros paquebot du monde, son article Wikipédia est ébauché. Sa taille et sa médiatisation suffisent à le faire rentrer dans les critères d’admissibilité, et l’article consacre une part importante à ce lancement, cérémonial important où assiste une bonne part du gotha du monde de la marine et des affaires, notamment le riche magnat J.P. Morgan, excusez du peu. La presse est particulièrement loquace sur le sujet, et la place de ce sujet dans l’article s’en ressent bien évidemment. Un communiqué de presse de la White Star Line relayé par les journaux permet d’annoncer que la traversée inaugurale aura lieu le 20 mars 1912.
Automne 1911
Suite à un incident entre l’Olympic (jumeau du Titanic) et le croiseur HMS Hawke dans le port de Southampton, les travaux sur le Titanic sont légèrement reportés. Sa traversée inaugurale est repoussée au 10 avril. Une IP bienveillante précise la chose sur l’article, que plus personne n’a en suivi, le buzz du lancement étant passé.
10 avril 1912
Le Titanic quitte Southampton avec à son bord nombre de grands noms de la finance, de la politique, du secteur des arts et littérature. Conflit d’édit sur l’article pour rajouter un maximum de ces grands noms qui font les unes de nombreux journaux. Au moment du départ, le paquebot manque de heurter un navire à quai dont les amarres ont rompu. Dès que la nouvelle est annoncée par la presse, un POV pusher se rend sur l’article pour démontrer que « le Titanic est maudit car il est une offense à Dieu ». La guerre se poursuit en page de discussion, jusqu’à blocage de l’intéressé.
15 avril, tôt dans la nuit
New York reçoit les premiers échos de messages de l’Olympic, non loin des lieux du drame, qui annonce que le Titanic a heurté un iceberg, fait eau, et que des navires viennent à son secours. Le message précise également qu’il n’y a plus de signaux émis par le Titanic depuis quelques heures. Rapidement, la presse rapporte que le paquebot est remorqué jusqu’à Halifax et que tous les passagers se portent bien. Wikipédia s’en fait l’écho. Le New York Times, sentant que quelque chose d’étrange s’est produit, annonce que le navire a coulé. Une IP tente de rajouter l’info et sa source sur l’article, pour apporter les différents points de vue. Il est réverté pour « fait anecdotique ».

15 avril, 18 heures
Philip Franklin, vice-président de la White Star Line, reçoit un message de Joseph Bruce Ismay, président, et rescapé du naufrage, confirmant que le Titanic a disparu avec 1500 personnes à son bord. Une annonce officielle suit. Conflit d’édit sur Wikipédia pour savoir si, oui ou non, le Titanic a coulé. La nouvelle étant reprise de façon unanime dans la presse le lendemain, un consensus est atteint.
16 -- 18 avril
New York reçoit peu à peu des listes de rescapés erronées, incomplètes et contradictoires. Sur Wikipédia, les articles des différentes personnalités présentes à bord font l’objet de conflits d’édit pour savoir si ces gens sont morts ou vivants. La presse n’étant pas d’accord sur certains, bandeaux et semi-protections affluent. L’article est enrichi d’une section « réactions internationales » où sont recopiées les condoléances des différents chefs d’état, source à l’appui.
18 avril
Les rescapés arrivent à New York à bord du Carpathia. C’est une véritable ruée de la presse sur les témoignages, pris à la va-vite, et parfois totalement inventés. Wikipédia s’en fait l’écho. Il est ainsi rapidement avéré que la proue du Titanic a été totalement broyée par l’iceberg, que les chaudières explosaient dans tous les sens, et que le commandant s’est suicidé en hurlant « ma chance m’a quitté » sous l’œil médusé des naufragés. Une ligne est ajoutée pour indiquer qu’une commission d’enquête menée par le Sénat américain débutera le lendemain.
19 avril
Suite à l’opération de lynchage médiatique à laquelle se livre William Randolph Hearst, Bruce Ismay, renommé pour l’occasion « Brute Ismay » est accusé d’avoir fait sciemment accélérer le navire dans la zone des glaces, et d’avoir sauté dans le premier canot venu. Son article est protégé en écriture suite à une guerre d’édition. Un article « affaire Joseph Bruce Ismay » est créé, passé en PàS et conservé par une écrasante majorité : le sujet est notoire car rapporté par toute la presse du moment. Après les sessions de la commission d’enquête, quelques phrases portant sur sa défense sont ajoutées. Un POV pusher tente de rajouter une section à l’article Guglielmo Marconi concernant le salaire de ses employés, évoqué durant le témoignage de ce dernier.
23/24 avril
Il est de plus en plus avéré qu’un navire se trouvait près du Titanic et n’a pas répondu aux appels. Les capitaines Moore et Lord, du Mount Temple et du Californian sont accusés par des témoignages plus ou moins fiables de leurs membres d’équipages. Leurs articles sont créés et deviennent une revue de presse de leurs déclarations.
25 avril
Un marin rescapé déclare que tout l’équipage du Titanic était sous l’emprise de l’alcool au moment du drame, qu’il a dû se ruer dans le nid-de-pie pour signaler lui même l’iceberg, avant de filer faire virer le paquebot lui-même. Sidéré par ce témoignage, le sénateur Smith le fait convoquer devant la commission. Wikipédia consacre un article à ce héros et à la polémique, rapidement passé en PàS. Le débat aboutit finalement sur une conservation assez discutée, et blocages à la clé. On apprend quelques jours plus tard que l’homme était un imposteur qui a fui la commission d’enquête après avoir reculé sur certaines de ses déclarations. Un contributeur repropose immédiatement en PàS et est accusé de WP:POINT. Il est bloqué deux semaines, et l’article reste conservé car symbolique d’un fort intérêt médiatique. Oublié de tous, il sombre dans les limbes de Wikipédia.
Début juin 1912
La commission d’enquête menée en mai au Royaume-Uni conclut que le Titanic naviguait trop vite, n’avait pas assez de canot, et accuse Stanley Lord, capitaine du Californian, de ne rien avoir fait pour sauver plus de vies. Il est avéré que le Titanic a été victime d’une grande brèche continue sur ses six compartiments avant, et a coulé en un seul morceau. La commission compte environ 850 rescapés. Ces conclusions sont reprises dans l’article par les quelques contributeurs qui le suivent encore après le buzz. Dans les temps qui suivent, chaque commémoration ou hommage est l’objet d’une mention dans l’article.
Épilogue…
100 ans après, il apparaît que le Titanic a été victime de plusieurs petites brèches séparées, qu’il a coulé après s’être brisé en deux, que le Californian était trop loin pour intervenir, et que les rescapés ne sont que 700 et quelques. L’article doit donc être repris de fond en comble, sourcé avec des ouvrages, rééquilibré, pour avoir une tête décente. La question étant : une fois qu’un article n’est plus qu’un magma de strates d’information accumulées avec le temps, est-il possible de le rerédiger avec recul, ou faut-il tout défaire pour le refaire convenablement ? La question est également de savoir combien de temps doit s’écouler pour qu’un sujet puisse être traité sans cet effet de couches. Alors, à quoi ressemblera le Costa Concordia dans 100 ans ? Le commandant sera t-il toujours considéré comme un lâche ? Les causes du naufrage seront-elle toujours celles identifiées actuellement ? Les témoignages toujours jugés fiables ? Rendez-vous en 2112 !
Et pour les curieux
La source qui fait à peu près l’unanimité chez les passionnés de marine concernant le naufrage du Costa Concordia est Mer et Marine, qui rapporte globalement les déclarations les plus sérieuses. Mais toute étude de l’affaire « à chaud » comportera fatalement des erreurs de jugement. Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur le Titanic, mon autre blog détaille les meilleurs sources, web et livres.
Après avoir passé les huit millions de fichiers en janvier 2011 et les dix millions en avril 2011, Wikimedia Commons, la médiathèque libre, a franchi il y a quelques jours le cap des douze millions de fichiers. Wikimedia Commons confirme être un projet à la croissance impressionnante, avec quatre millions de nouveaux fichiers en un an. C’est également la seconde plus grande communauté d’utilisateurs des projets Wikimedia.
Le 12 millionième fichier versé.
(Crazyale, CC-BY-SA)
Temple d’Antonin et Faustine.
(Wknight94, CC-BY-SA)
Portrait de Jean-Baptiste Colbert, versé sur Commons par le Centre de recherche du château de Versailles.
(Louis-Gustave Thibault, domaine public)
Le musicien Bonga au Festival du bout du monde 2011.
(Thesupermat, CC-BY-SA)
Au menu : Sacem, Creative Commons, Free, Wikipédia et le… Vatican !



Références :
Crédit : Simon Gee Giraudot (Creative Commons By-Sa)
by Alexander Doria (noreply@blogger.com) at janvier 12, 2012 08:19
Kõan (et ce billet ne fera certainement qu’approfondir son opinion, même s’il ne lit pas les blogs, mais sait tout ce qui s’y dit) considère que X86 (un certain Coyote) et Y87 (votre serviteur) sont les « nouveaux maîtres du chaos » sur Wikipédia¹. C’est la vérité, à n’en point douter :
- c’est nous qui avons attaqué à tout va durant un vote de contestation en trainant dans la boue tout avis opposé au notre
- c’est nous qui avons lancé un trollesque débat sur les fréquentations IRL d’un candidat admin
- c’est nous qui avons assailli en groupe un autre candidat admin parce qu’il vote mal, tout en prenant soin d’accuser d’attaque en meute les votants opposés sur un autre vote
- c’est également nous qui avons lancé un conflit d’édit sur le BA menant à (et c’est, je pense, historique), sa protection
- c’est enfin nous qui avons tenté de remuer les braises en cherchant à faire appliquer une décision d’arbitrage histoire de poser des soucis supplémentaires ; et qui avons cherché à réveiller le débat quelques heures après sa conclusion parce que le résultat ne nous convenait pas
Kõan, tout est donc prêt. Tu as ici assez de diffs pour monter ma contestation, dont je t’indique la page. Tu as toutes les preuves que je suis le maître du chaos qui détruit Wikipédia (je rajoute d’ailleurs une preuve de mes terribles exactions d’hier). Tu n’as plus qu’à t’amuser. (EDIT : à sa demande, je rajoute aussi celle du Vil Coyote, des fois que…)
Cher lecteur, ce billet est un trollage totalement non neutre, totalement désabusé (mais c’est la mode aujourd’hui) faisant suite à un véritable Pearl Harbour de la communauté Wikipédienne ce 10 janvier 2012. Vous n’êtes donc pas obligés de le nourrir. Mais vous avouerez que ça fait du bien !
1. Bon, je reconnais quand même que pour A42, tu n’as pas totalement tort. 1/3 c’est déjà pas mal, mais ta liste est incomplète…